Huit ans après la demi-finale de Moscou, l'Angleterre et la Croatie se retrouvent dès le premier match. Pour Thomas Tuchel, c'est l'occasion de tourner définitivement la page de 2018. Pour Luka Modrić, à l'aube de ses 200 sélections, c'est peut-être le dernier grand acte d'une carrière internationale hors norme.
Le groupe en détail
L'Angleterre de Thomas Tuchel arrive en favorite du groupe, portée par un parcours de qualification parfait : huit victoires, zéro but encaissé. Mais la liste des 26 dévoilée par le sélectionneur allemand a fait l'effet d'une bombe en Angleterre : les absences de Phil Foden, Cole Palmer, Trent Alexander-Arnold et Harry Maguire ont déclenché une polémique nationale. Tuchel a préféré récompenser la forme du moment plutôt que les noms installés : Harry Kane reste l'indéboulonnable numéro 9 et capitaine, entouré de Jude Bellingham en numéro 10, Declan Rice en sentinelle, Bukayo Saka et Marcus Rashford sur les ailes. L'invité surprise de la liste, Ivan Toney (Al-Ahli), apporte une option supplémentaire en pointe. L'objectif est clair et historique : mettre fin à soixante ans sans titre majeur.
La Croatie de Zlatko Dalić aborde ce Mondial avec un statut à défendre : finaliste en 2018, troisième en 2022. Luka Modrić, capitaine et légende vivante à 40 ans, pourrait honorer sa 200e sélection lors de cette phase finale. Sa présence ne faisait aucun doute pour Dalić, qui a néanmoins dû gérer une inquiétude de dernière minute : Josko Gvardiol, défenseur de Manchester City, s'est fracturé une jambe en janvier et son rythme de forme reste incertain pour le premier match. Autour de Modrić, Ivan Perišić et Andrej Kramarić continuent de porter l'attaque croate. Une génération qui vieillit, mais qui a montré à chaque grand tournoi qu'elle savait se transcender.
Le Ghana retrouve la Coupe du Monde pour sa cinquième participation, avec l'ambition de renouer avec l'épopée de 2010 et ses quarts de finale historiques. Mais la liste de Carlos Queiroz, nommé sélectionneur seulement en avril après le limogeage d'Otto Addo, a été marquée par une absence majeure : Mohammed Kudus, star de Tottenham, ne s'est pas remis à temps de sa blessure au quadriceps. Une perte significative pour l'attaque ghanéenne, qui devra compenser avec Antoine Semenyo, Iñaki Williams et le capitaine Jordan Ayew. Thomas Partey structure le milieu. Queiroz, qui dispute sa cinquième Coupe du Monde sur un banc (après le Portugal en 2010 et l'Iran à trois reprises), apporte une approche pragmatique et organisée, loin de la possession stérile, privilégiant les transitions rapides.
Le Panama dispute sa deuxième participation seulement, huit ans après des débuts difficiles en Russie où l'équipe n'avait pris aucun point. Sous la direction de Thomas Christiansen, les Panaméens arrivent avec une progression réelle, qualifiés en tête de leur dernier tour de la CONCACAF. Ismael Díaz et José Fajardo, auteurs de 17 buts chacun en sélection, mènent une attaque qui a montré du répondant lors de la préparation, un match nul 1-1 contre la Bosnie-Herzégovine début juin a confirmé leur potentiel offensif, tout en révélant des fragilités défensives à exploiter.
Ce qu'on peut raisonnablement attendre
L'Angleterre est la favorite naturelle de ce groupe, et le match d'ouverture face à la Croatie a valeur de test immédiat. Une victoire et les Three Lions partent sur les meilleures bases pour confirmer leur statut. Un nouveau revers face aux Croates, et les douloureux souvenirs de 2018 referont surface.
La bataille pour la deuxième place s'annonce serrée entre la Croatie, le Ghana et le Panama. Le Ghana, privé de Kudus, devra compenser collectivement, leur match d'ouverture face au Panama, le 18 juin à Toronto, est sans doute le plus déterminant pour la suite de leur campagne.
Le match à ne pas manquer du groupe : Angleterre-Croatie, le 17 juin à Dallas. La revanche de Moscou 2018. Bellingham contre Modrić, Kane contre Kramarić, Tuchel contre Dalić. Huit ans après une demi-finale qui a brisé le rêve anglais, l'occasion est donnée à la génération actuelle de tourner enfin la page, dès le premier match de leur Mondial.



